Le Secteur EDUC’ décrypte des réformes mises en place par le gouvernement

1/ L’école maternelle obligatoire à 3 ans

Depuis 1959, la scolarité est obligatoire en France pour les enfants français et étrangers entre 6 et 16 ans. Ils peuvent être accueillis à 3 ans en petite section maternelle, c’est le cas pour près de 98% d’entre eux.
Les 27 et 28 mars 2018 se tenaient les Assises de la maternelle à Paris. L’Elysée a annoncé que l’école maternelle serait obligatoire à partir de 3ans, dès la rentrée scolaire 2019.
Si 98% des enfants fréquentent l’école maternelle à partir de 3 ans aujourd’hui, 25 000 enfants ne sont pas scolarisés. Selon le gouvernement, cette réforme permettra de « renforcer l’égalité à l’école et l’égalité entre territoire ». Il est vrai que l’on constate de nombreuses disparités sur les territoires notamment dans les TOM : en Guyane ou à Mayotte, on compte moins de 70% des enfants scolarisés entre 3 et 6 ans.
Par cette réforme, le Président de la République souhaite revaloriser l’école maternelle, qui ne doit plus être considérée comme un mode de garde universel. D’ailleurs, les psychologues reconnaissent l’importance décisive des premières années de vie pour les apprentissages.
Cette mesure nécessitera la création d’environ 800 postes, et Emmanuel Macron devrait aussi annoncer une réforme de la formation initiale et continue des professeurs en maternelle et des agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM), pour mieux former les enseignants et agents à l’apprentissage des enfants.
Position Confédération syndicale des Familles :
La confédération syndicale des Familles du Secteur Education/Parentalité se prononce favorablement au projet de loi instauré par le gouvernement. Cette mesure gouvernementale est adéquate avec les réalités quotidiennes des familles. En effet 98% des enfants à partir de 3 ans sont déjà scolarisés. La CSF alerte sur la nécessité que l’école maternelle doit être bienveillante et exigeante. Gratuit, l’école maternelle bien que non obligatoire, exige une feuille de route ambitieuse. Elle n’est plus un mode de garde, elle a besoin de stabilité pour confirmer son rôle essentiel dans la réussite de toutes et tous. Cela nécessite un investissement de l’Etat et des collectivités locales.

2/ La réforme du baccalauréat

L’obtention du baccalauréat général permet de vérifier « un niveau de culture défini par les enseignements des lycées » et de contrôler les « connaissances dans des enseignements suivis par l’élève en dernière année ». Aujourd’hui, il existe trois types de baccalauréat général : littéraire, scientifique, et économique et sociale. Les lycéens doivent passer des épreuves anticipées et des épreuves terminales (également des épreuves facultatives, s’ils le veulent). Les épreuves peuvent varier selon la filière, par exemple, les épreuves anticipées de sciences sont destinées aux candidats des séries L et ES.  Le gouvernement a pour ambition de changer l’organisation du Baccalauréat. En s’appuyant sur les préconisations du rapport Mathiot, le Ministre de l’Education, Jean Michel Blanquer, a confirmé la nouvelle organisation de l’examen. Cette réforme sera mise en œuvre en 2021, pour les élèves qui entrent en Seconde en 2018.      

Elle prévoit que les filières S, ES et L disparaissent. Les lycéens pourraient choisir deux matières « majeures » et deux « mineures », plusieurs combinaisons de majeures seront possibles au niveau national, et d’autres combinaisons seront proposées par l’établissement. En fin de terminale, un grand oral de trente minutes devrait être réalisé par le candidat. Le lycéen devra présenter son projet interdisciplinaire lié à l’une de ses majeures.  De plus, il y aurait deux épreuves en première et quatre en terminale (deux épreuves au printemps et deux épreuves en Juin). Aujourd’hui, les élèves passent entre dix et quinze épreuves. Dans le cadre de la réforme, les autres matières seraient évaluées durant l’année, dans un système de contrôle continu. Le dernier axe de cette réforme est la disparition des épreuves de rattrapage, remplacées par un examen du livret scolaire de l’étudiant.

Position de la Confédération Syndicale des Familles :

Pour la CSF, le Grand Oral représente un entrainement intéressant pour les jeunes, notamment pour favoriser leur arrivée dans le monde du travail. L’expression orale est fondamentale dans la construction d’un individu et l’apprentissage d’un jeune. En ce qui concerne la suppression des filières, la CSF se positionne plutôt favorablement. Les filières L, ES et S cloisonnent les lycéens dans des branches dès la Première. La suppression des filières permettrait sans doute plus de transversalité, plus de liberté pour l’enfant et un meilleur épanouissement. Le lycéen ne se retrouvera plus cloisonné dans une filière, qu’il n’a pas forcément choisie. La mesure souhaite la suppression du rattrapage et cela pose question. En 2013, 20% des lycéens passaient les épreuves de rattrapages du Baccalauréat générale, et 2/3 de ceux-là obtenaient leurs diplômes. Le problème soulevé par la Confédération syndicale des Familles est : que feront ces lycéens qui n’auront pas le Baccalauréat ? Pourront-ils redoubler ? Est-ce que des moyens humains et financiers seront versés aux établissements pour ouvrir de nouvelles classes, en vue d’un plus grand nombre de lycéens redoublants ?  Une question se pose aussi sur le contrôle continu : Sur quels critères le contrôle continu est prévu ? Comment cette mesure assurera-t-elle l’égalité entre élèves ? Quid de la formation des professeurs pour avoir la plus grande uniformité (et donc égalité) possible.

3/ La réforme de l’université

A la rentrée 2017, beaucoup d’étudiants se sont trouvés sans solution d’orientation après avoir obtenu leur baccalauréat. Le gouvernement a proposé une réforme de l’entrée à l’Université « pour remédier à ces dysfonctionnements ».  Il souhaite mettre en œuvre plusieurs mesures pour remédier à cela :

 1 - Chaque classe de terminale aura désormais deux professeurs principaux dans le but d’assurer une meilleure orientation des lycéens.

2 -  Il y aura davantage de collaboration entre l’Université et le Lycée (3000 étudiants se rendront dans les lycées pour expliquer les formations et le fonctionnement de l’Université).

3- Le conseil de classe donne un avis sur les vœux des lycéens.

4- Le conseil de classe donnera une première recommandation au premier trimestre, et ensuite un avis sur les choix d’orientation du lycéen au second trimestre, qui sera transmis aux universités.

5 - Un nouvel outil d’orientation Parcoursup remplacera APB : le lycéen devra faire moins de dix vœux de formations contre vingt-quatre aujourd’hui, et ne les classera plus par ordre de préférence.

6- La réforme de l’Université prévoit la construction de 60 000 logements étudiants.

7- Les étudiants auront la possibilité de prendre une année de césure dès le bac pour poursuivre un projet personnel, entrepreneurial ou professionnel.

Avec cette réforme, les universités pourraient apporter trois types de réponse à un candidat : « oui », « oui, si » (proposition d’un parcours personnalisé en fonction de son bac, son projet, de sa motivation) ou « en attente » (si le nombre de places est insuffisant dans une licence, mais si un bachelier reste en liste d’attente, une commission se réunira pour proposer au lycéen une formation).

Position de la Confédération Syndicale des Familles :

Pour la Confédération Syndicale des Familles, les trois types de réponses « oui », « oui, si » ou « en attente » à un candidat par les universités ne garantit pas que le choix de l’élève à s’orienter vers une filière soit respecté. Par conséquent, la Confédération Syndicale des Familles revendique que le choix d’orientation des élèves soit respecté. S’ils sont inscrits dans une filière qu’ils n’ont pas choisie au départ, le risque de décrochage scolaire est plus élevé. La CSF prône des conditions d’orientation justes pour la réussite scolaire des jeunes. D’autant plus, la Confédération syndicale des Familles mets en garde la sélection à l’entrée de l’Université. La sélection tend à créer des inégalités sociales entre les différentes familles car les meilleurs élèves sont souvent issus des classes les plus favorisés. Ce sont ces mêmes élèves qui verront leurs premiers choix retenus. D’autres éléments posent question dans cette réforme particulièrement le système de notes et le classement entre établissements. Ces deux aspects tendent à renforcer l’inégalité entre territoires, et entre élèves. L’admission dans une université ne doit pas se baser sur des critères territoriaux, ou sur un classement des établissements (or cela est très souvent le cas aujourd’hui). A travers cette problématique, un fossé se creuse entre les jeunes défavorisés, vivant dans un quartier populaire et les jeunes favorisés, nous prônons l’égalité, et la mixité sociale.

4/ La réforme de l’apprentissage

Le 9 février 2018, le Premier Ministre, le Ministre du Travail, le ministre de l’Education nationale et le ministre de l’Enseignement supérieur de la Recherche et de l’Innovation ont présenté le projet de transformation de l’apprentissage. Cette réforme prévoit :

  1. Une hausse de la rémunération de 30 euros par mois pour les apprentis de 16 à 20 ans,
  2. Une aide de 500 euros pour passer le permis de conduire pour les apprentis de moins de 18ans.
  3. Une extension de l’âge pour être un apprenti jusqu’à 30 ans.
  4. Une possible création de prépa d’apprentissage dans les CFA.
  5. La hausse du temps de travail pour les mineurs (jusqu’à quarante heures par semaine). Au-delà des trente-cinq heures les apprentis seront payés en heures supplémentaires.
  6. Des ruptures de contrats facilités. Aujourd’hui, la rupture du contrat d’apprentissage nécessite un commun accord de l’employeur et de l’apprenti ou une procédure devant les prud’hommes. Le gouvernement voudrait remplacer les prud’hommes par des dispositifs de médiation préalable à la rupture. (Ce projet prévoit également que l’année soit conservée en cas de rupture, c’est-à-dire que les apprentis dont le contrat de travail est interrompu en cours d’année ne perdront pas une année de formation).

Position de la Confédération Syndicale des Familles :

La Confédération Syndicale des Familles estime que l’apprentissage doit être valorisé. La branche professionnelle ou l’apprentissage est trop souvent considérée comme une sous-branche. Elle doit être valorisée car elle permet une bonne adaptation dans le monde du travail. Les jeunes doivent être aiguillés selon leur préférence d’orientation et leur envie, et non selon leur moyenne, leur note ou leur niveau en classe. L’école doit inciter un élève ayant 15 de moyenne, dès lors que c’est son souhait, à aller dans une formation d’apprentissage. Le deuxième point soulevé par la Confédération Syndicale des Familles est que l’apprentissage nécessite plus de dépenses pour les jeunes et leurs parents, par conséquent, il est nécessaire que des moyens supplémentaires soient fléchés en direction de ces familles (notamment au moment de la rentrée).  Par ailleurs, nous exprimons notre inquiétude concernant la hausse du temps de travail pour les mineurs. L’employeur risque d’avoir recours aux apprentis et n’embauchera plus de salarié, car la main d’œuvre est plus coûteuse. D’autant plus, les conditions de travail pour les apprentis peuvent être complexes et difficiles s’ils travaillent 40 heures par semaine. La seconde crainte concerne les ruptures de contrats facilités : quels seront les droits des apprentis ? Le statut des apprentis est précaire et cette mesure le rendra encore plus précaire. Nous voulons des conditions de travail justes pour les apprentis et des ruptures de contrats à minima contrôlées et justifiées.